samedi 5 septembre 2026

Une arrivée sous la grêle

Au petit matin, c'est jour de marché à Bagnères-de-Luchon, un marché comme on les aime.
On y reste un moment à nous balader dans les allées, je trouve deux BD chez un bouquiniste et on prend un café à la terrasse d'un bar, tout près du marché. Ce couple de jeunes fromagers a déjà la relève dans le dos de la Maman qui apprend sans doute son futur métier.
On quitte la Haute-Garonne par des routes sinueuses direction les Hautes-Pyrénées pour une arrivée à Loudenvielle (374 habitants), départ d'une remontée mécanique; la Skyvall; vers la station de Peyragudes où nous nous étions rendus en voiture il y a quelques jours. 
C'est également une grande station pour les sports d'été à la montagne et il y a beaucoup de monde.
On se promène un peu aux abords du Lac de Génos surplombé par le Château de Génos dont la présence est attestée dès 1256. En 1532, il est indiqué que les habitants de Génos devaient défendre et entretenir le château. Est-ce sans doute pour cela que plus tard, ils n'hésitaient pas à venir chercher des pierres si bien qu'il fallu voter un arrêté municipal en 1899 pour interdire aux habitants de démanteler ses murs. Sans cela, il n'y aurait aujourd'hui plus aucune trace de ce vestige.
Le cadre est très beau mais la chaleur très forte malgré la proximité de l'eau.
On assiste à la construction d'un nid par cet oiseau.
Même si le village de Loudenvielle est extrêmement joli je ne garde pas personnellement un bon souvenir. Le trajet ? Le repas de la veille ? La marche de la veille ? La chaleur qui est bien remontée ou les quatre réunis m'ont fatigués. J'ai besoin de repos et l'on s'assoit à la terrasse d'un accrobranche à l'ombre dans une relative fraîcheur à me réhydrater tranquillement. On passe là un long moment à regarder enfants et adultes s'amuser à passer d'arbres en arbres.
Alors que je me remets tout juste de ce petit malaise, nous reprenons la route et faisons une halte dans le village d'Arreau (725 habitants). 
Arreau est traversé par deux rivières, la Neste d'Aure et la Neste du Louron. A la confluence nait la Neste.
Le bâtiment qui attire l'œil, c'est la Mairie-Halle 
qui sert à la fois d'Hôtel de Ville à l'étage et d'une place de marché couvert sous les halles.
Pas encore bien en forme, je laisse Frédéric manger une quiche et une salade près du Pont d'Arreau.
Sur le seconde photo du pont, après la maison rouge, on devine le Château de Ségure et plus loin l'Eglise Saint-Exupère construite en 1545.
On y entre pour avoir un peu de fraîcheur.
Au Château des Nestes, on peut voir une ancienne scierie et tout ses canaux pour transporter le bois.
La Maison des Lys porte son nom... par la présence de nombreux lys sur sa façade et date du XVIème siècle.
Remis totalement, nous empruntons maintenant une route mythique pour les cyclistes, celle qui mène au Col d'Aspin (1 493 mètres). Une mode fait que les panneaux de signalisation sont recouverts d'autocollants rendant quasiment impossible la lecture du lieu où l'on se trouve.
Les vaches ignorent totalement les automobilistes, les cyclistes, les randonneurs et ne cherchent qu'à se rafraichir car il fait de plus en plus lourd.
On regarde la route par laquelle nous venons d'accéder au col et on comprend combien les cyclistes doivent s'amuser à la monter et la descendre.
De l'autre côté, c'est le géant de la région : le Pic du Midi de Bigorre (2 876 mètres).
On poursuit notre route pour faire une nouvelle halte à la base nautique de Payolle-Campan en pensant pouvoir nous baigner dans le lac mais malheureusement, comme dans plus en plus de lacs, la baignade est interdite. Nous nous contentons de longer l'Adour de Payolle.
Payolle-Campan a ce petit air de Canada, par son paysage et par les petits chalets qui ressemblent à s'y méprendre à ceux que l'on a pu voir au Québec.
On hâte le pas car un orage arrive au-dessus du Pic du Midi de Bigorre et les éclairs commencent à zébrer le ciel.
Les premières gouttes n'effraient pas les vaches qui s'amusent à créer un petit bouchon.
Nous arrivons à Sainte-Marie de Campan où nous allons passer les trois prochaines nuits. Le village, avec La Séoube et Campan forment le village de Campan (1 245 habitants).
Nous avons tout juste le temps d'arriver sous un orage de grêle suivi par beaucoup de pluie.
Ceci, c'est la vue de notre balcon de notre appartement. Nos voisins vont être très silencieux.
S'il y a une boulangerie pizzéria en bas de notre immeuble, les deux seuls autres commerces sont une épicerie, un bar et ce restaurant. Devant notre immeuble, la statue du cycliste Eugène Christophe (1885-1970) pour lui rendre hommage car lors du Tour de France de 1913, alors qu'il pédale sur l'étape Bayonne à Luchon et qu'il est en tête de la course, il casse la fourche de son vélo dans la descente du Col du Tourmalet. Il continue l'étape à pieds pendant 10km avant d'arriver à Sainte-Marie-de-Campan où il répare sa fourche à la forge de Jospeh Bayle. Alors qu'elle est encore incandescente, il la brandit victorieux face à la malchance. C'est ce geste que reproduit cette statue.
Comme la pluie réapparait, on mange à la maison. Demain, nous allons découvrir ce coin des Hautes-Pyrénées... 

vendredi 4 septembre 2026

Entre France et Espagne

Aujourd'hui, les choses sérieuses débutent puisque c'est une randonnée classée difficile que nous démarrons pour un itinéraire de 8h00. Si elle est effectivement difficile, c'est sans aucun doute l'une des plus belles randonnées que nous ayons faites.
Tout débute à l'Hospice de France au fond de la Vallée de la Pique à 1 385 mètres d'altitude. Les Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem ont en effet acquis le terrain en 1200 pour y construire un refuge et pour garantir le passage vers la montagne qui trace ici un chemin secondaire pour se rendre à Saint-Jacques-de-Compostelle. L'Hospice de France existe toujours et accueille les randonneurs de passage ou ceux, comme nous, effectuant une randonnée à la journée.
Notre longue marche va nous faire faire le tour de la Pointe de la Frèche (2 268m).
Nous nous élançons donc tranquillement vers les hauteurs en suivant pendant un certain temps le Ruisseau du Port de Vénasque. 
Le chemin s'effectue en lacets après avoir enjambé le ruisseau par le Pont de Penjat et en nous retournant, on réalise que l'Hospice de France est déjà bien loin (sous la flèche rouge) 
Il y a encore un peu d'ascension pour passer le Mur du Culet où le ruisseau tombe en cascade.
Ayant atteint ce premier sommet, on prend la photo de ces innombrables lacets.
Derrière le Mur du Culet, on trouve le Refuge de Vénasque où on fait une halte pour consulter notre carte et reprendre du souffle.
Le refuge est au bord d'un lac. Ils sont au nombre de trois et se nomment les Boums du Port. Le premier est à 2 239 mètres, le deuxième à 2 240 et le troisième que vous voyez ci-dessous; le plus grand; est à 2 248 mètres.
 
Sur la photo suivante, on parvient à voir les trois ainsi que le refuge, avec en premier plan, un troupeau de moutons.
Des moutons, il y en a en effet. Pas autant qu'aux Îles Féroë durant nos vacances d'été de l'an dernier, mais un important troupeau protégé par deux patous dont l'un n'a absolument plus de voix à force de japper les nombreux randonneurs. On prend garde à ne pas déranger les bêtes en respectant les aboiements des patous.
Les derniers lacets vers le Port de Vénasque sont compliqués car extrêmement raides. Enfin, nous voici au Port de Vénasque à 2 445 mètres d'altitude. Une stèle nomme le lieu, marquant la frontière entre la France et l'Espagne.
Le passage est extrêmement étroit entre le Pic de la Mine (2 707m) et le Pic de Sauvegarde (2 738m) et l'on se retrouve ici nombreux entre randonneurs qui, comme nous, partent en Espagne, et les autres qui viennent en France. On a surtout une grande pensée pour tous les réfugiés espagnols qui fuyaient le régime de Franco pour la France. Ici sont passés également les légions Romaines qui allaient en Espagne, les armées des guerres napoléoniennes mais également l'endroit fut le passage de la tentative antifranquiste ratée de la part d'opposants à Franco pour tenter de libérer le Val d'Aran en 1944.
Nous pique-niquons ici, au-dessus de la Vallée de l'Esera et face à la Maladeta (3 312m), El Maldito (3 354 m) et l'Aneto (3 404m).
Nous reprenons notre marche, abandonnés par les autres randonneurs. Il faut dire que depuis le Port de Vénasque, il existe un grand nombre de chemins de randonnée selon la direction que vous voulez prendre. Nous, on se dirige vers le Port de la Picade (2 460m).
En plein mois d'Août subsiste encore un névé à l'abri derrière un mur de rochers.
Dans les Alpes, on avait trouvé qu'une montagne avait le profil de notre ami Totoro et bien sachez que les Pyrénées possèdent également leur Totoro à eux !
Si au départ la marche se fait dans un milieu assez verdoyant, 
rapidement, le chemin devient minéral.
Nous voici au Port de la Picade sur une nouvelle frontière car bien que nous soyons en Espagne, nous sommes à la frontière entre l'Aragon et la Catalogne. 
La randonnée est loin d'être terminée car nous rejoignons maintenant le Pas de l'Escalette.
Direction notre dernier sommet, le Soum de l'Escalette (2 466m) où nous allons suivre la ligne de crête.
 
L'ascension s'effectue sur un chemin étroit et abrupt. Mieux vaut ne pas avoir le vertige.
Dans notre sens de marche, à droite c'est l'Espagne, à gauche, la France.
Passée la ligne de crête, on entame notre (très) longue descente vers la France.
Je dis très longue car notre point d'arrivée se trouve tout là-bas, sous la flèche rouge.
Des cairns nous montrent le chemin à suivre.
Sur notre gauche, on voit le Lac de la Frêche.
Les montagnes prennent une très jolie couleur verte et avec le soleil, c'est tout simplement magnifique.
A 2 069m, nous arrivons au Pas de la Mounjoye où semble nous attendre le Tardis, le moyen de transport du Doctor Who. Vu de loin, ça donne cette impression mais de près il s'agit d'une borne frontière car nous avons été rattrapés par la frontière franco-espagnole. Les chevaux, espagnols, se fichent bien de savoir dans quel pays se trouve l'herbe.
Un très joli poulain, pas craintif pour un sou, prend la pose. 
On poursuit notre descente en altitude
et même si le point d'arrivée se précise, le chemin est encore long
d'abord au travers des alpages puis au travers d'une forêt qui semble ne jamais prendre fin.
C'est le retour à l'Hospice de France où on se désaltère d'une rafraichissante et réconfortante limonade.
Nous faisons face à notre chemin de départ d'où nous sommes partis huit heures plus tôt et sommes très fiers de nous car nous nous sommes une nouvelle fois dépassés.
Bravo à nous.